Quelle est votre histoire préférée du Concours

jeudi 29 mars 2007

Ruben Zdeneck

Voilà une petite histoire qui ne s'inscrit pas dans la petite série entamée récemment et qui porte l'entête [...], c'est juste une ancienne histoire que j'avais écrite et que j'ai remis à jour rapidement pour le blog ! Alors bonne lecture...
..
..
..
Ruben Zdenek, violoniste, joue pour son quarante troisième anniversaire, une valse. Les quelques invités l’écoutent religieusement, assis sur les chaises de bois de la petite pièce. On entendrait presque en ces lieux de paix immaculée le silence soupirer, tandis que les langoureuses notes s’échappent des doigts du musicien. Chacun retient son souffle, s’imprégnant des sons et des lentes mélodies, les yeux fixés sur cet archet qui va et vient sur les cordes, tantôt agité d’on ne sait qu’elle fougue impétueuse, tantôt se mouvant de manière angélique sur les filins qui vibrent à peine. Alors toutes ces paires d’yeux impressionnées s’éclairent d’une flamme perlée, tandis qu’une douce larme s’arrête sous la paupière. Alors, dans la musique envoûtante, la vie semble s’inviter parmi les convives distribuant ça et là un souffle qui réchaufferait les cœurs les plus meurtris…
Ruben est pauvre, très pauvre. Ses amis plus aisés le savent et ont un profond respect pour lui, car c’est un homme brave, honnête et gentil. Il aide plus les gens qu’il ne s’aide lui-même, partageant avec tous l’amour qui émane du cœur qu’il tient dans la main. Il n’a jamais rien demandé à personne. Il y aurait tant à dire d’une personne si remarquable, mais se ne serait que plus dur de finir cette histoire. N’y voyons donc qu’un de ses hommes qui transpirent l’amour de son prochain, également musicien passionné, tirant de réconfortants morceaux de son vieux violon, dès que l’occasion se présente.
Mais Ruben Zdenek est juif. Et comme tout juif en 1943, il est contraint de se cloîtrer avec des milliers d’autres dans un ghetto, le ghetto de Varsovie. Sa vie se déroule tant bien que mal dans un petit appartement, partagé avec son frère et une famille de sept personnes, les Pershmann. De ce logis, personne ne possède vraiment de moyens, et chacun se doit de participer au travail, et à l’économie de la maison, afin que tous puissent manger à leur faim. Tous les jours, dans la peur du sombre dehors, Ruben Zdenek s’éloigne à travers les rues afin de travailler de son art. Il se rend aux demeures des juifs aisés, qui malgré le conditionnement du ghetto profitent de leur fortune en s’entourant d’amis et de musiciens pour se distraire quelques instants des bassesses que leur offre la vie. Le commerce de notre violoniste marche ainsi au bouche-à-oreille, et il écume jours après jours les salons des riches, pour distribuer de sa paix en échange de quoi manger. Et les gens se félicitent de cette sensation bienfaisante que crée Ruben en musique, pouvant s’égarer quelques instants dans des souvenirs heureux. Ces songes sont bien la seule chose que les nazis ne peuvent prendre encore pour enlever toute la joie qui reste aux juifs. La seule et unique chose… Ruben aime voir le bien de sa musique sur ces compatriotes qui l’entourent. Ils sont, en fin de compte, tous comme lui. Tous, malgré leur différence sociale, parqués dans une prison, un ghetto. Ils ne comprennent pas beaucoup plus que lui leur sort…
La valse se termine sur une cadence parfaite, qui résonne dans la pièce pendant de longues secondes. Les convives respirent enfin, un sourire aux lèvres, le regard bien loin d’ici, et s’en vont sans un bruit. Chacun de son côté. Ruben replace l’instrument dans sa vieille boîte, il empoigne quelques partitions et s’habille pour sortir, il est attendu chez un riche juif, anciennement directeur d’une grande firme.
Pourtant, en cette fin d’après-midi, la rue ne vit point, le ghetto est vide et calme… Trop calme peut-être, en tout cas suffisamment pour inquiéter Ruben. En effet, Il y a eu beaucoup de déportations depuis un certain temps et Ruben le sait. Il a peur. Un très mauvais pressentiment l’assaille. Il y a des gens partout d’habitude. Quand on s’isole là où vit Ruben, dans une froide et petite impasse, on met un certain temps à s’avoir ce qui se passe partout dans le ghetto. Il n’est pas sorti depuis le matin, quant son frère, il n’est pas non plus revenu à la maison depuis un certain temps. Ruben se met à courir dans les rues, désespérément. Il ne court pas vite. Voilà la petite place où habite l’ami de son frère, Oscar Wierske. Un homme surgit en face de lui en filant à perdre haleine. Il est en sueur et sa face livide traduit une peur terrible. L’homme porte un habit en loque soutenu par des petites ficelles rêches. La noirceur de son visage s’altère par endroits de grosses gouttelettes sombres d’un sang qui provient de plaies diverses qui apparaissent par endroits sur son corps. Le tableau offre une vision au pauvre musicien juif, qui observe avec effroi ces couleurs, tirées d’un style méconnu. En bégayant, Ruben parvient à demander, tremblant :
« Dis moi ce qui se passe. Je… Je cherche mon frère…
- Les SS arrivent ! Ils cherchent à vider ce pâté d’immeuble. Dit-il presque suffocant en montrant vaguement du doigt une ruelle. La place où tu vas grouille de soldats. Ils sillonnent les rues et emportent les juifs. Tous… Ils tuent ceux qui ne veulent pas les suivre. Ils les battent, ils m’ont battu…
- Oh, mon dieu ! Mais où peut-être mon frère ? Il… Il faut que j’aille aider. S’inquiète-t-il.
- Oublie les autres et fuis ! Ils vont te prendre. Ne vas pas là-bas. Ergote l’inconnu. Plusieurs des nôtres ont tenté de fuir... Une dizaine, Ils ont tirés. C’est un massacre… Une dizaine de morts ! J’ai réussi à m’en sortir en me cachant. » Finis le juif en éclatant en sanglots.
« Ma femme est restée là-bas… Hoquète-t-il. C’est horrible. Ma femme… »
Il se reprend alors, essuie ses larmes et puise au plus profond de son être la force de se redresser. Sans un mot il se remet à courir… Ruben reste immobile, figé de terreur. A son tour, il reprend son souffle, et recalant son violon sur ses épaules rachitiques, il se dirige pantelant vers la place. Les premiers corps se présentent en effet, allongés au milieu de la chaussée. Des adultes principalement… Le sang coule, par minces filets jusqu’au caniveau. Ruben s’arrête à nouveau devant la scène atroce, et tombe à genoux de désespoir. Comment les SS font-il pour en arriver à ça ? Comment font-il pour en arriver là ?… La pensée de son frère le reprend alors avec force, et il repart. Il faut qu’il trouve son jeune frère. Il court dans une rue, puis en descend une autre. Ca y’est ! Il entend des cris… Les SS ne sont pas loin. Un sentiment de haine et de dégoût pour ces bourreaux SS s’empare de lui d’un seul coup. Jamais, il n’avait jamais pensé du mal de quelqu’un. Jamais… Ses pas le portent jusque dans la rue Vliska. Deux corps sont là, allongés en contorsions horribles, abattus alors qu’ils fuyaient. Des valises arrachées gisent ça et là. Fermant à demis les yeux d’accablement, il retourne le premier corps, dont le visage gît dans le caniveau. Ce sont les traits d’Oscar qui se figent dans le sang coagulé… Le meilleur ami de son petit frère, Ruben hoquette furieusement et s’approche lentement du second cadavre dont la tête est également cachée. Son bras tremblant empoigne le mort à l’épaule et le bascule. En un douteux craquement, ce dernier pivote vers le musicien qui ne peut retenir un cri… Son frère garde le calme air familial des Zdenek dans la mort qui l’a pris trop tôt…
« Non !! Pas lui, Seigneur… Pas mon frère, non ! Pourquoi ? Non, non et non ! Rugit-il avec toute la misère du monde dans la voix. S’il te plaît mon dieu… Pardonnes-moi, mais ce n’est pas possible ! Il n’a rien demandé. Il n’a fait que vivre pour toi ! Ahhhhhh… » Ruben titube et regarde encore le résultat de la décadence des hommes. Il s’écroule sur le corps frêle de son frère. Son regard hagard et ténébreux montre l’incompréhension de sa mort qui restera, de toute façon insignifiante pour la face du monde. Personne ne se souviendra du jeune Loleck Zdenek, mort dans la petite rue Vliska. Et à cette pensée, Ruben pleure à chaudes larmes. Qui saura encore qu’ici bas fut gaspillé l’homme tant de fois, d’un seul geste. L’humain, de tous les temps, doit se battre contre l’ignorance, et la sous-estime de la vie. Il repense tristement aux souvenirs heureux qu’il avait de son frère. Les espérances d’un cauchemar s’échappent même, aux vents incertains de la sombre Histoire. Trop horrible, pour un cauchemar… Un SS arrive au bout de la rue, une fillette à la main. La petite le suit tant bien que mal les gigantesques enjambées du jeune soldat, lançant le plus loin possible ses petites jambes fatiguées. Le SS aperçoit Ruben et épaule aussitôt son fusil : prêt à tirer.
« Relève-toi, sale juif ! Vite, j’ai dit. Ruben continue à pleurer sur le sort de son frère. Relève-toi ! Tu veux mourir chien ? Répond ! Quel est ton nom ? »
Le juif semble alors enfin entendre la voix tonitruante, et relève vers le SS son visage en larmes.
« Peut m’importe désormais… Tu peux me tuer. »
La fillette observe Ruben de petites mirettes innocentes. Il gît encore piteusement au sol, les bras entourant fermement le corps de son frère, dont la vie s’est envolée. Le visage lézardé de larmes du juif fixe encore sans cesse les traits crispés du petit soldat, qui tient fièrement un bien gros fusil.
« Tu as intérêt à te relever crois moi ! Continue-t-il avec un ton menaçant. Son visage se tourne alors sur la boîte restée au sol près de sa victime. Qu’est-ce que c’est ça, hein ? »
Ruben s’en saisit lentement, le visage triste et répond presque indistinctement :
- C’est mon violon… »
Les mots ont difficilement franchi les lèvres de notre pauvre personnage, mais une étrange force vient de nouveau l’habiter au toucher de cette vieille boîte, chaleureuse et porteuse d’une histoire… Il sort l’instrument et l’épaule, sous les yeux éberlués du SS, qui lui brandit bien d’autre chose à son épaule musclée. L’inexpérience transpire des traits du soldat qui reste figé, quand le juif abattu se relève et arme majestueusement son archet sur les quatre cordes. Les douces notes d’une triste mélodie s’élèvent enfin dans les airs mêlant cette mélancolie sans limites aux multiples bruits de cette fin de journée du 13 avril 1943, où règne détonations et cris, dans les extrémités sociales de l’Homme pêcheur…
« Arrête de jouer cette horreur ! Crie encore le SS, sa voix se perdant dans l’incompréhension et la remise en cause…
- Arrête de faire des horreurs… Répond Ruben, imperturbable. »
Les phrases de la musique s’enchaînent dans une parfaite harmonie, on croirait le chant des anges descendu dans l’ombre de la terre, pour éclairer une dernière fois ce monde à la dérive… La fillette n’a pas bougé, le SS, quant à lui, semble dépassé. Enfin, L’immoralité du soldat parvient à nouveau à prendre place à la conscience disparue, et la haine coule à nouveau dans les veines du jeune homme. Ses bras relèvent l’arme de mort vers le crâne du musicien qui, continue en pleurant à exprimer son âme sur les notes qui s’échappent aux vents…
« Je t’avais prévenu… »
La détonation part. La musique cesse. Ruben s’écroule, au côté de son frère, rejoignant celui-ci dans cette autre vie dont il est persuadé. Et ses traits se détendent enfin… Le violon percute le sol avec un son mat sur les pavés boueux et s’arrête près de son propriétaire. Plus jamais la musique ne s’élèvera à la face du monde de cet instrument, que l’âme a quitté, alors même que celle de Ruben respirait l’air des nuages. C’est fini…

dimanche 25 mars 2007

[...]

Interrogatoire 039-D session principale du sujet 412#-52H -- rapporté le 4 décembre 1988 à 23h34 -- professeur K.

Professeur K. : Bonsoir. Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Sujet 412#-52H : Je... Je suis fatigué.

Professeur K. : Qui êtes-vous ? Pouvez-vous me dire la façon dont vous vous appeler ?

Sujet 412#-52H : Je suis le sujet 412#-52H.

Professeur K. : Bien, vous avez beaucoup évolué de nos résultats peu concluants lors de la précédente session.

Sujet 412#-52H : La... La précédente session ?

Professeur K. : Non rien, laissez. A quoi pensez-vous en cet instant ?

Sujet 412#-52H : J'ai fais un rêve qui... Qui s'est inscrit dans ma tête quand je me suis réveillé de ce... ce rêve ! Il faisait peur. Oh oui j'ai eu peur, très peur, je me suis même réveillé ! Et je m'en souviens.

Professeur K. : Bien, et que racontais ce rêve ? Expliquez le moi voulez-vous ?

Sujet 412#-52H : Oui. C'était sombre, j'avais peur. C'est vrai le rêve faisait peur ! Oh je me suis même réveillé oui. Je me suis réveillé pendant le rêve, je... j'étais mouillé, ça oui, j'étais en sueur. J'avais peur...

Professeur K. : Oui mais, continuez à parler du rêve. Que si passait-il de si terrifiant ?

Sujet 412#-52H : Non, non ! Ce n'était pas un rêve, non ! C'était un... Un... C'était...

Professeur K. : Un cauchemar ? C'était un cauchemar ?

Sujet 412#-52H : Un cauchemar ? un cauchemar, un cauchemar, un cauchemaaaar ! Oui c'est ça c'était un cauchemar ! Et... Et il faisait peur !

Professeur K. : Il me semble que j'ai déjà suffisamment assimilé cette donnée, si vous vouliez bien, dès à présent, me raconter le contenu de ce... Cauchemar, nous avancerions certainement.

Sujet 412#-52H : Ce cauchemar ? Caaaaaauchemar ! Cauchemar, cauchemar, cauchemar, ha ha ! Oui c'est vrai, c'était un cauchemar !

Professeur K. : Vous êtes le sujet 412#-52H et vous allez me parler de ce rêve.

Sujet 412#-52H : Non pas un rêve, je... Je crois que...

Professeur K. : Parlez.

Sujet 412#-52H : Il y avait un homme... Assez grand, un peu gros ! Vous savez gros, gros comme les gens quand ils ont trop mangé des choses grasses ?

Professeur K. : Continuez.

Sujet 412#-52H : Oui... Oui... Il était gros, un peu, et... Et il partait en voyage. Un dur voyage, sans beaucoup de bagages, en fait presque pas de bagages. Je vois, je... J'ai vu ! Devant sa maison, devant sa maison, quand il a appris que son pays était en guerre contre celui d'à côté. Je l'ai entendu dans les hauts parleurs, il y avait des hauts parleurs près de la maison au début du rêve. Et puis il a entendu comme moi, il a regardé sa femme, jeune et jolie, souriante d'habitude. Et là le rêve s'est accéléré, et le soir, c'était le soir déjà, devant la maison. Les militaires sont arrivés, armés, en lumière, des grosses voitures, en lumière, des phares, éblouissant ! Je... Dans le rêve j'étais ébloui, j'avais peur ! Je me suis réveillé d'ailleurs...

Professeur K. : C'est tout le rêve est fini ?

Sujet 412#-52H : Non, je n'ai pas fini.

Professeur K. : Cessez de répéter que vous vous êtes réveillé dans ce cas, et parlez du rêve.

Sujet 412#-52H : Les militaires étaient là, ils grondaient, ils criaient, ils ergotaient sans cesse. L'homme ! L'homme était là, ils voulaient l'emmener à la guerre. Il ne voulait pas, il voulait sa femme qu'il aimait. Un des hommes à tirer la femme hors de la maison, par... Par les cheveux. Les militaires promettaient qu'ils la tueraient si l'homme ne venait pas à la guerre avec eux. Ils le répétaient inlassablement. Il a dit qu'il ne cèderait pas. Le chef des soldats a égorgé la femme, tout simplement, et ses militaires ont mis de force l'homme dans le camion, et puis ils ont jeté une grenade dans la maison. Et tout a explosé, toute une vie. Et j'ai eu peur du cadavre de la femme, en sang, elle avait toujours son petit sourire, figé... Et je me suis réveillé.

Professeur K. : C'est tout cette fois-ci ?

Sujet 412#-52H : J'avais peur... Je me suis réveillé. Elle... Elle... Le sang. Le sourire perdu.

Professeur K. : Taisez-vous maintenant, les résultats sont assez satisfaisants pour cette fois, nous reprendrons plus tard.

jeudi 22 mars 2007

[on/]

Interrogatoire 034-B première session du sujet 412#-52H -- rapporté le 25 novembre 1988 à 2h08 -- Professeur K.

Professeur K. : A quoi pensez-vous en cet instant ?

Sujet 412#-52H : Je... Je m'appelle Bill.

Professeur K. : Allons ne nous égarons pas. Vous êtes uniquement le sujet 412#-52H, vous vous souvenez n'est-ce pas ?

Sujet 412#-52H : Non, monsieur, non. Je suis Bill, oui moi c'est Bill, Bill Gord... Gord... Gordan !!

Professeur K. : Non, souvenez-vous vous n'êtes pas Bill, vous n'êtes pas monsieur Gordan, il n'y a jamais eu de monsieur Bill Gordan, tout cela c'est du passé, vous, vous n'êtes rien. Vous vous souvenez ? Vous n'êtes rien de rien. Bill Gordan n'existe pas.

Sujet 412#-52H : Siii !! Si monsieur, si ! C'est moi, c'est dans ma tête, je... je suis Bill ! Je me rappelle, je suis Bill. Aaaah je ne me souviens pas... Je me souviens monsieur, une salle, une salle verte et au milieu... Le... Le lit au milieu !

Professeur K. : Non vous vous trompez, ce lieu n'existe que dans votre tête. Ce lieu ne peut exister. Vous n'êtes pas ce Bill, il n'existe pas non plus, vous l'inventez, vous n’êtes personne, vous êtes rien du tout. Vous m'entendez n'est-ce pas ?

Sujet 412#-52H : Le... Le lit, le lit est au milieu et l'homme tout de blanc et ses fils ! Ses fils qui font mal quand on touche la peau, qui brûle, ceux qu'il m'attachait sur la tête...

Professeur K. : Non. Calmez-vous maintenant sinon je me verrais dans l'obligation de clore cette session afin de vous faire subir le traitement.

Sujet 412#-52H : Oui ! La salle, le... le traitement ! Je sais, je sais, je suis Bill Gordan ! Je... Je suis Bill ! L'homme tout de blanc et ses fils qui brûlent tout autour de ma tête c'est... C'était le traitement ! Pour que je ne sois plus Bill, pour que j’oublie. Je... Vous... C'est vous cet homme blanc ! C'est vous ! Nooooon arrêtez je vous en supplie !

Professeur K. : Je suis dans l'obligation d'annuler la session. Ne bougez pas.

Sujet 412#-52H : Non pas la seringue, pas le traitement, je vous en supplie ! Je suis Bill arrêtez je veux me souvenir, laissez-moi me souvenir de moi ! Non je...

samedi 3 mars 2007

Routine

J'ai pris le tram, puis le bus...
Regarder sans les voir, une fois, puis deux, les horaires du prochain bus et finalement aller s'asseoir en se disant qu'il ne va sûrement pas tarder mais sans la moindre idée de l'horaire precis..
S'asseoir toujours au beau milieu du banc de l'arrêt de bus, presque avachi contre la vitre de derrière et regarder sans les voir les grandes affiches publicitaires pour un parfum, de la lingerie ou autres choses que l'on ne s'achètera jamais.
Chercher sa carte de bus au dernier moment et ne plus se souvenir de la poche dans laquelle on l'a rangée.
A l'arrivée du bus, se lever prestement et s'avancer, presque sur la chaussée, comme si le bus ne pouvait contenir qu'une personne et qu'il fallait à tout prix être le premier à y entrer pour avoir une place.
Eviter au possible toute place assise juxtant une place ocupée.
Surtout ne pas remplir les rangs dans l'ordre croissant, un siège après l'autre, mais plutôt rechercher chaque fois la place la plus isolée possible.
Baisser les yeux, au nom de la bienséance et de la politesse, lorsque notre regard croise celui d'un autre passager.
S'occuper à regarder notre portable cinq fois en la minute, juste pour faire croire que l'on est occupé.
Ne pas sourire, on aurait l'air bien bête sinon.
Visser un écouteur dans une oreille, l'autre dans l'autre, monter le volume et se couper des bruits environnants, par d'autres sons,le long du trajet pour ne surtout pas avoir à faire la conversation à la gentille mamie assise en face de vous et qui vous sourit.
Planquer le sachet de commissions sous le siège, parce qu'après tout, ce que l'on achète ne regarde que nous.
Mâcher du chewing gum pour s'occuper la bouche. Parce-qu'une bouche béante, c'est forcément moins esthetique qu'un ruminement de bovin.
Que d'étranges coutumes de passagers...

jeudi 22 février 2007

Paru dans la presse 2

AFP
De notre correspondant à Vichy
Selon les résultats d’une étude rendue publique mercredi dernier par l'institut national de la statistique inutile (INSI), la France aurait enregistré une forte augmentation de la tendance à la gollumisation sociétale sur la période 2003-2006. En effet, l’étude montre une hausse, sur la période étudiée, de 72% des personnes atteintes d’une gollumisation sévère et de 156% des personnes atteintes d’une gollumisation banale ou de faible intensité.
Ces chiffres corroborent l’apparente tendance à la gollumisation observée récemment par la plupart des médias, qu'ils soient écrits, télévisés ou radiophoniques. Ces derniers ont en effet multiplié par quatre le nombre de reportages traitant de ce sujet, et par dix le nombre d'intervenants ressemblant de près ou de loin à Gollum.
Plus inquiétantes encore sont les implications d’un tel phénomène. En effet, la personne gollumisée tend à se courber, à perdre ses cheveux et à pâlir, si ce n’est à bleuir. De plus, la personne atteinte d’une gollumisation sévère est susceptible de subir un élargissement conséquent du globe oculaire, provoquant glaucome, cataracte, oconcerchose ou tout simplement effroi chez des tiers. Certains employeurs ont d’ailleurs demandé le retour de la photo sur les CV afin de déterminer à l’avance si un candidat est exempt de toute gollumisation ou non.
C’est à la suite du scandale du licenciement du présentateur célèbre Frodon Sauronel par la chaîne France 2 que la tendance à la gollumisation a été mise au jour. M. Sauronel s’était vu confisquer, le 15 juin 2006, la présentation de l’émission «Questions pour un anneau» pour manque de respect envers les candidats de l’émission, auxquels il se référait impunément par la locution « my prrreeeecccccciiiouussssssssss ».
L’affaire est en passe d’être résolue à l’amiable, sur la seule et unique condition que M. Sauronel se retire dans une grotte aux confins des Alpes, où il pourra s’aigrir en toute tranquillité et manger des poissons morts pendant plusieurs millénaires. Dans le cas contraire, France 2 n’aura d’autre choix que « le retour de M. Sauronel à un institut spécialisé de gandalfisation», selon le porte-parole du groupe, A. R. Agorn.
M. Sauronel avait déjà fréquenté un tel établissement entre le 15 juin 1995 et le 12 octobre 2001, date à laquelle il sortit, fort d’une barbe blanche de plusieurs mètres de long et d’une fâcheuse tendance à se prendre pour un magicien destiné à sauver le monde, mais apparemment guéri de toute tendance à la gollumisation.
Le retour de M. Sauronel dans un institut de gandalfisation pourrait marquer le début d’un recours massif à ce type d’institution pour guérir les personnes gollumisées, ce qui, selon Mme Chauve, porte-parole de l’ONG Personnes Laides du Monde, « serait dramatique, dans la mesure où il est à ce jour impossible de différencier un cas de gollumisation d’un cas de laideur naturelle. Imaginez les conséquences d’un tel choix ! Les personnes laides pourraient être envoyées arbitrairement dans des instituts de gandalfisation, sous prétexte d’être gollumisée, alors qu’elles n’ont jamais été atteintes de cette maladie. Imaginez les nouvelles possibilités de délation dans un pays historiquement plus Vichyste que ...euh... Vichy ! »
Dans cette ambiance délétère, le gouvernement vichyste, euh français pardon, devrait établir une commission d'enquête pour examiner la possibilité d'une éventuelle restriction des entrées dans les instituts de gandalfisation, et, le cas échéant, les modalités d'une telle restriction. Affaire à ssssssssssssuivre.

mercredi 14 février 2007

le jeune: comment lire une lettre d'un employeur qui pète plus haut que son cul.

Cher Monsieur,
bon djà, keski fou à m'pler msieur c'crétin
Je m'étonne un peu de recevoir un mail de votre part,
'tone toi kuyon. t'as encor' rien vu!
mail dont la teneur et le ton m'étonnent plus encore.
teneur? 's'fout d'ma gueule l'ot ou koi?!
Je ne vous connais pas, pas plus que vous ne me connaissez et je ne suis aucunement lié à vous.
'core heureux. st'es même po cap' de dir lé choses 1 fois, sans lé r'péter
Quant à ce qui concerne Isabelle (et ne vous concerne pas) mon engagement vis-à-vis d'elle était et reste on ne peut plus clair :
pt'ain 'va dir combien d'oif ksa m'concern po! psychoqwak l'mec
elle ne serait payée qu'à la seule et unique condition que je vende mon scénario.
ayéeee!bravoooo! là t'es en train d'dire kékchose! dis cke ta a dir mec!
Cette condition n'étant pas encore remplie, je ne lui dois rien pour l'instant.
ouéééé! j'limen dit l'arnakos!
J'espère évidemment que la situation changera vite et serais très heureux de lui verser la somme convenue en cas de vente de mon scénario.
évidemment... très heureux, mon c**
La période de 5 mois que vous évoquez était purement indicative et je le répète ne vous regarde pas !
waoouu! l'a 'cor réussi à caser ksa m'regardait po! for l'mec, très for!
De plus, pour votre information, si le "travail" de relecture dont vous vous prévalez avait été meilleur,
koi?!! tdis kchui 1 kiche fils de p***?!
je ne perdrais pas mon temps, aujourd'hui encore, à réécrire en anglais, à l'aide d'une anglophone, mon scénario :
oué c'ça. pov ch'chote l'ot! loser temporel. jte pari ki sla tape sa brit' là!
je conseillerai donc à Isabelle de revoir largement à la baisse vos émoluments qui me semblent, vu le résultat au mieux excessifs, au pire présomptueux.
"p'tain comment il y va!! émoluments toi même?! pt'ain l'insulte du cap'tN adoc! ouééé l'moul'a gauf l'ot"
Cordialement.
oué genre en gros fuck off quoi?!

lundi 12 février 2007

Suis moi !

Ça fait un moment que je le sentais, maintenant j’en suis presque sûr, il me suit.
Depuis que je suis parti, il me suit. Il est discret, c’est sûr, mais je l’ai senti. J’accélère le pas et essaye de le semer, mais rien n’y fait, je sens toujours sa présence prés de moi. Je jette un regard par-dessus l’épaule mais je ne vois rien.
Je décide de m’installer dans un café et observer qui y rentre ou sort, pour essayer de découvrir qui me suit ainsi.

Je ne remarque rien. Tout ces gens me semblent inconnus et complètement désintéressés par mon cas. Et pourtant, je suis persuadé qu’il est là quelque part.
Mes muscles se serrent, je ne sais pas ce qu’il me veut, j’ai beau cherché, je ne vois pas quelque chose que j’aurai fait qui aurait pu attirer l’attention de qui que ce soit…

C’en est assez, je me lève et quitte le bar. Bien évidement, je le sens toujours. Je décide de courir, le plus vite que je peux, je cours comme je n’ai jamais couru, toujours et encore.
Après 20 min de course effrénée je m’arrêtes pour reprendre mon souffle…j’ai cru deviné son ombre au coin de la rue…je m’en approche, je longe le mur et m’avance le plus discrètement possible, je suis maintenant au bord du mur, je devine sa respiration, j’entends presque les palpitations de son cœur. Il est calme, silencieux et définitivement patient. Au moment où je voulais me jeter sur lui, je ne sais pas ce qu’il m’a pris mais j’ai couru dans le sens opposé…

Bien évidement, il m’a suivi. Mais je ne veux plus y faire attention, alors je décide de ralentir et de profiter de ma journée au maximum, allant de droite et de gauche. Je découvre des quartiers que je n’avais visités.

Il est toujours là. Je le sens de plus en plus prés, mais je me suis fait à sa présence, il ne me fait plus peur, au contraire, je me sens moi-même proche de lui, comme si je comprenais son attitude.

Je ne le fuis plus, je l’emmène avec moi dans tous les endroits que j’aime, je lui fais découvrir ce que je suis, il me suit sans dire un mot et observe certainement avec moi toutes ces curiosités que nous offre le monde.
La journée se termine, je rentre chez moi, la tête remplie de questionnement et d’étonnement.

Je mange, je prends une douche pour me détendre, je me mets en pyjama, je me couche.

Jamais plus je ne me réveillerai, à mon tour de le suivre.

samedi 10 février 2007

Pérégrination routière - ou la vie palpitante d'une conductrice acharnée -

Dix minutes au retour…plutôt bon timing ! Il faut dire qu'elle s'est fait plaisir... De nuit, comme ça, les petites routes de campagne en pleins phares avec des pointes dans les lignes pires que droites. Si ses parents la voyaient!

Elle passe dans la rue à côté de chez elle, ralenti. Le chauffage ne crache que sur ses pieds, c'est le choix qu'elle a fait en tournant le bouton au maximum à droite. C'est bien d'avoir les pieds au chaud, mais que fait-on du reste ? Le dos, la nuque… elle frissonne et pourtant ne modifiera en rien la direction du souffle.

Elle est passée dans la rue à côté de chez elle, mais n'a pas pris le virage à droite. Elle a tout juste ralenti. Pas d'hésitation en fait. Droit devant, toujours tout droit. Mais qu'est-ce qui lui a prit de remonter jusqu'en haut de la ville ? Elle n'avait rien à y faire, personne à voir. Pourtant elle y est montée. Un coup d'accélérateur. La rue principale est déserte. Elle en profite, une petite pointe à 90 dans une zone à 50. Peut-être simplement pour entendre le ronronnement rassurant du moteur, sentir les vibrations se répercutant dans la pédale d'accélération et au travers des semelles de ses baskets.Elle ne le sait pas elle même en fait.

Les pieds au chaud, la tête au froid. Elle accélère, espérant secrètement que sa vie fera de même.
Elle rétrograde. Quatrième, troisième, seconde, puis la première pour aborder un virage serré. Parce qu'elle voudrait pouvoir freiner sa vie en appuyant sur une simple pédale. Qui contrôle réellement cette machine?

Elle passe devant l'école maternelle. C'est déjà oin derrière... très loin… Son lycée à présent à sa gauche, disparaît déjà dans le rétroviseur. Trois longues années… tout cela se résume aujourd'hui en deux vieux bâtiments et quelques préfabriqués sur un si petit bout de terrain mi-goudron mi-verdure. Du provisoire définitif. Il est loin, le temps des cerises ! La maison de retraite… Non, il n'est pas encore temps. En revanche il faudrait qu'elle retourne visiter "mamie gâteaux". La mamie du dessous, elle n'y voyait plus très clair, mais elle savait parfaitement ce que venaient chercher, presque chaque jour, ses petites voisines, pas plus hautes que le bouton de la sonnette, lorsqu'elles venaient chez elle.
Elle n'aime pas les maisons de retraite.

Direction la cellule familiale. Et si jamais elle faisait encore un détour par la ville d'à côté ? Si elle allait se perdre dans le vignoble? Elle aimerait qu'il vente. Alors elle ouvrirai ses bras, respirait l'air frais et crierai de toutes ses forces en tournant sur elle même. Mais bon, à son avis, ça ne marche que dans les films ces trucs là... Elle aimerait qu'il pleuve, pour danser sous la pluie… mais pas ce soir. Que non, cela ne serait pas raisonnable. La tête froide, les pieds au chaud, elle prend une inspiration et le chemin du retour.

"S'lut tout l'monde...". Son père regarde la télé, sa mère l'écran du portable.

jeudi 8 février 2007

Parle à ma main.

-Le problème quand on est étudiant c’est qu’il semble normal de nager en plein flou.
Les mêmes questions reviennent inlassablement : tu fais quoi comme études ? Et en gros, tu fais quoi ? Ça mène à quoi ? Et l’année prochaine tu fais quoi ? Tu sais où tu seras ? Tu penses aller jusqu’où ? Bon en soit le problème n’est pas vraiment là, après tout ce genre de questions sont essentielles pour entamer la conversation avec quelqu’un de nouveau. Il vaut mieux alors se préparer à y répondre. Le plus original sera le mieux, j’étudies le monde, et en gros je ne fais pas grands choses, ça mène droit au mur, donc l’année prochaine je fais un BTS démolition qui sera là où se trouvera le mur, je pense aller jusqu’à la 5ème rangée à partir du sol, juste pour pouvoir enjamber ma vie étudiante et passer à la vie « professionnelle ».
Passer à la vie professionnelle, comme si tout ce que tu faisais avant pouvait se résumer à de l’amateurisme !
Avant je mettais mes chaussettes à l’arrache dans mon tiroir, maintenant je suis un professionnel, je les trie par paire et je les range correctement à côté des slips et caleçons.
Avant je buvais du lait chocolaté, maintenant je bois du thé ou du café.
A dire vrai, le passage au professionnalisme se fait en douceur. On apprend à être autonome.
C'est-à-dire, avant tu marchais sur secteur, branché sur tes parents, au fur et à mesure tu te mets à marcher avec tes propres batteries, et autant dire que tu te retrouves de plus en plus souvent à plat !
Non mais on a beau se plaindre, la vie étudiante ça reste les meilleures années de notre vie. Etant donné qu’on n’a pas grands choses avec quoi comparer si ce n’est le passé, on ne prend pas trop de risque à se dire qu’il faut profiter au maximum du présent !
Surtout quand on se souvient que notre avenir est flou au possible…mais ça a au moins un intérêt. Si, si, quand on y pense, c’est la seule période où on peut assumer le fait d’être stupide tout en paraissant intelligent, à moins que ça ne change pas trop avec le temps…
En attendant, se promener en tant qu’étudiant dans la rue c’est carrément être le roi du monde, tu regardes collégiens et lycéens de haut, tu regardes les « vieux » avec dédain et tu es persuadé que la nébuleuse de vie dans laquelle tu évolues est la seule qui existe et que sans les étudiants, toute ville où quartier serait d’un ennui mortel.
L’étudiant roi du monde ! Tous les puissants ont pourtant leurs faiblesses, et il faut bien dire que l’étudiant en est perclus ! Première défaite régulière d’une journée : le combat contre sa couette, la suite s’accumule où s’alterne, tout dépend. Le peu de courage à prendre un petit déjeuner, le découragement face au besoin de cuisiner pour manger, la difficulté des choix vestimentaires pour une journée banale, la tenace envie de continuer sa nuit en cours…
Mais ces égarements quotidiens ne sont pas ce qu’il y a de plus caractéristique, l’ami fidèle du jeune en poursuite d’étude c’est le doute.
Le doute parfois mène même à une complète modification des choix d’études ce qui conduit par la suite à l’augmentation du flou dans lequel l’avenir est plongé !
L’étudiant fini par douter de tout. Le prof dit il la vérité ? (Ce doute né généralement pendant la période lycéenne, cependant certains le découvrent uniquement à partir de la première année d’étude supérieure). Le monde nous ment-il ? La Guinness est-elle réellement meilleure que la Carling ? Aurais-je du mettre mes chaussures rouges ? Cette fille en vaut elle vraiment la peine ? Y’a-t-il une vie entre 6h et 10h du matin ? Et pourquoi j’ai choisi cette option déjà ?
Enfin voilà, je sais pas si tu vois ce que je veux dire au final ? »

-Sorry, but I really can’t understand or speak French, what were you saying?
-Never mind, go dancing?
-Yep! ‘Course!

mercredi 7 février 2007

Pif paf pouf

Il parait que je dois écrire.
Ecrire quoi ? Ecrire pour quoi faire ?
Il y a des gens qui écrivent pour passer le temps, d'autres pour faire des sous, d'autres encore pour soulager leur fort intérieur. Et puis d'autres qui écrivent juste pour écrire.
Tiens, si j'écrivais une histoire (comme de par hasard !)… du jamais vu, aller, soyons originale… mmmhh… Un conte remit au goût du jour ?

"Go go go!" comme dirait l'autre!

Il était une fois un jeune cadre dynamique tellement overbooké qu'il n'a pas le temps de se trouver une femme. Un jour, pour rigoler, il s'inscrit sur plusieurs sites de rencontre (parce que pour ça il a le temps hein…Si c'est pour blaguer –ou draguer-, alors c'est essentiel.).
Il était une fois une jeune cadre overbookée, tellement dynamique qu'elle trouve le temps de s'inscrire sur des sites de rencontre, en plus de son emploi du temps de ministre (elle trouve toujours le temps pour ça. C'est bien un truc de femme ça, le côté relationnel !).
Pif paf pouf, ils en viennent à se rencontrer, se fréquentent lorsqu'ils trouvent un créneau dans leur agenda aux pages noircies de rendez-vous.
Pif paf pouf ils se marient.


Pif paf pouf un môme… puis un autre (la fécondité moyenne pour une femme française de notre époque étant de 1,6 enfants par femme, nous nous arrêterons donc à deux chérubins… considérant que l'on frôle déjà là un cas de "famille nombreuse"). Je vous passe les détails genre les horaires de crèche incompatibles avec les horaires de boulot, les enfants qui évoluent dans une pesante absence de parents biologiques, la nounou qui devient la "maman du lundi au vendredi, 7h45-19h30, et quelques permanences un week-end sur deux".

Pif paf pouf, métro, boulot, dodo. Et le temps passe, les enfants sont en pensionnat. Le plus tout jeune mais pas encore vieux cadre dynamique et la pas très vieille mais plus très jeune cadre overbookée décident de divorcer… pour se pacser. Après tout pourquoi pas, si l'on peut obtenir des avantages financiers sans subir les désagréments du mariage…chacun y trouve son compte !


Les enfants vont bien merci. Ils viennent profiter de la maison aux prochaines vacances d'avril… et pendant qu'ils gardent la maison, nous avons casé un petit tour du monde en amoureux pour le boulot. Après tout, si l'on peut concilier travail et plaisir, pourquoi se priver ?
Pif paf pouf, les plus très jeunes mais pas encore vieux cadres relativement dynamiques décident de prendre un tournant dans leur vie. Ils vont engager un avocat, et dissoudre leur Pacs. Après tout, pourquoi chercher à régler des problèmes de couple quand on a une solution "pré mâchée" à portée de signature ?

Pif paf pouf, ainsi va la vie, ainsi va le métro, ainsi va le boulot, et puis hop, au dodo !


Pif paf pouf, la cadre overbookée en a marre de cette vie de femme pressée. Elle décide de tout lâcher. Les enfants sont presque grands à présent. Et puis elle les verra un week-end sur trois, c'est déjà ça. C'est décidé, elle va désormais s'adonner à la broderie en points de croix. Il parait qu'elle est douée pour ça, c'est sa grand-mère qui le lui a dit, quand elle était petite. Elle s'installe donc chez son nouveau compagnon. Un petit paysan de la banlieue. Il est veuf et a cinq enfants. Il n'a pas de montre à son poignet, et vit au rythme du chant du coq. Lui aussi fait du point de croix, c'est au club qu'elle l'a rencontré (va savoir ce qu'un paysan fait dans un club de broderie au point de croix !). Elle est heureuse, c'est le principal.

Pif paf pouf, le cadre routinier n'en a pas marre de ses récurrentes journées. Il continue, encore et encore, c'est plus le début, d'accord, d'accord… mais ça va encore.
Il épouse sa secrétaire, mère "célibattante" d'une trentaine d'années (après tout, ça ne fait que 15 ans de différence d'âge entre eux), dans moins d'un mois, et tant pis pour les avantages du Pacs. Le mariage, quelle institution, c'est beau quand même !

Pif paf pouf…
… ils vécurent heureux et eurent une grande famille recomposée, chacun de leur coté.

lundi 5 février 2007

Paru dans la presse

AFP
De notre correspondant au Liberbidaroustein

Des centaines de milliers de manifestants ont répondu à l’appel de la Commission Internationale pour la Défense des Droits des Petites Histoires (CIDDEPH) et ont défilé, le samedi 3 février 2007, dans les rues des plus grandes villes européennes.

Si Londres, Berlin, Got, Vilnius, Knock-le-Zout et autres lieux de villégiature dont l’importance n’a d’égal que la vitalité d’esprit d’un parisien métroïste à 7h27 le lundi matin n’ont pas été épargnés par le flot incessant de manifestants, c’est à Paris que l’affluence pro’tithistoriste a été la plus forte.

Les grands axes parisiens ont été submergés par une foule exaltée d’ultra-historiciens arborant les couleurs de l’Organisation Internationale des ‘Tithistoristes Unis (OITU).

En tête du cortège se trouvait la figure emblématique du mouvement ‘tithistoriste M. Léonard Ibrahim Shanza Caméamé Ahmed (connu sous l’acronyme LISCA), dont l’activisme et la passion ont permis de projeter sur le devant de la scène internationale la question du droit à l’existence des petites histoires.

D’autres sympathisants plus modérés à la cause ‘tithistoriste ont manifesté leur soutien au mouvement en affichant aux fenêtres de leur maison ou sur les devantures de magasin le drapeau du Back to Real Art and Variety Organization (BRAVO), par ailleurs brandi à outrance lors des manifestations de samedi dernier.

La valeur optique de la manifestation a atteint des sommets d’exotisme et de fraîcheur, alors que les couleurs de l’apparat rouge, bleu, ivoire, vert, café, jaune et blanc d’ŒUFH (Organisation Etudiante de l’Union Française pour les Histoires) se mélangeaient dans une fusion de brillance et d’artifices.

Quant à la valeur sonore de l’événement, elle a renvoyé aux oubliettes les prestations d’antan de la Catasfiore, dépassant parfois la barre des 200 décibeldemevoirdanscemiroir.

Les slogans scandés par la foule étaient divers et neufpieds : « Il était une fois le fachisme anti’tithistoire », « Une histoire petite surpasse les grands mensonges », « La France aux ‘tithistoristes », etc.

Seule la valeur intellectuelle a été laissée pour compte, chutant sous les profondeurs abyssales du QI de l’étudiant moyen du système universitaire.

Ces manifestations font suite aux publications racistes et anti-‘tithistoristes du site http://histoiresbreves.blogspot.com dont le titre affiche sans pudeur aucune « Il n'y a pas de petites histoires ».

La forte minorité ‘tithistorienne de l’UE s’est offusquée des ébaudissements libertaires du groupe néo-écrivailleur d’histoiresbreves.com et réclame actuellement la fin de l’impunité judiciaire pour les propos anti-‘tithistoristes ainsi que la mise en place d’une Commission d’observation chargée du respect du droit d’existence des petites histoires. M. Caméamé Ahmed affirmait lors d’un entretien accordé au journal Propagande : « Nous ne cherchons pas à établir un Etat ‘tithistoriste. Le peuple des petites histoires est un peuple d’intégration, vivant perpétuellement dans une diaspora volontaire. Seulement, nous voulons assurer le respect de notre droit à l’existence. Nous avons le droit d’exister. Nous sommes des petites histoires. »

dimanche 4 février 2007

La Phrase

[ De la part de Jezz, frère exilé à la capitale, qui m'a prestement demandé de laisser ici les quelques magnifiques lignes émanant de ses mains... ]

« … la profonde inanité de notre raison d’être… »

Il sourit. Elle est revenue. Ils ont un jeu, tous les deux, un jeu intime et bien à eux. La phrase est là, occupant son esprit, ça faisait longtemps qu’elle n’était pas apparue. Depuis maintenant des années, mais comme toujours elle revenait au moment le plus inattendu, pour lui faire un clin d’œil.

La première fois il avait… il ne sait plus. Ça remonte tellement loin. C’était une phrase, ou plutôt un extrait de phrase, quelques mots mis bout à bout, qui ne faisait pas vraiment de sens. Quelle était sa raison d’être, pourquoi se poser la question de sa valeur ?

Il lève les yeux de son écran, se déconnecte du serveur sur lequel il travaillait. Après tout, la phrase l’a complètement interrompu. Il peut voir dans les bureaux alentours ses collègues travailler, du moins ceux qui restent encore. Des célibataires, souvent, ou certains qui essaient au bureau d’oublier une immuable et vide routine familiale.

La Tour s’était vidée petit à petit, comme elle le fait tous les jours. À 17h00 les secrétaires s’en vont. Elles vont rejoindre leur famille, chercher le petit dernier à l’école, aller à la gym, faire des courses, ne pas oublier de mettre une casette dans le magnétoscope. Leur départ laisse les couloirs vides, silencieux. La moitié des bureaux sont encore allumés. Une heure plus tard les femmes de ménage viennent vider les poubelles. Alors commencent à partir les commerciaux, les ingénieurs, les chefs de service. Ils mettent une dernière touche à un rapport, se jettent les manteaux sur les épaules et saluent les retardataires en fermant leur bureau.

La Tour est vide maintenant. Il reste devant la fenêtre, il a éteint la lumière pour contempler la ville à ses pieds. Des voitures s’entassent dans les rues. Les artères illuminées dessinent les contours des arrondissements. En face de lui le phare de la Tour Eiffel lui fait un clin d’œil, puis repart balayer la nuit de son œil unique, cyclope nocturne de métal centenaire.

La nuit avance et les rues se vident. Il devrait rentrer, retourner dans son appartement. Quatre murs, un lit et une radio, des bouteilles d’alcool vides et des verres encore collants. Dormir quelques heures avant de revenir demain matin. Recommencer jour après jour les mêmes tâches. Et surtout ne jamais se poser de questions, ne pas de demander pourquoi.

La phrase est toujours là, elle dessine l’arrière plan de ses pensées. Il se demande où elle était cachée ces derniers temps. Était-elle vraiment partie, d’ailleurs. Elle était sûrement restée finalement, simplement il l’avait éliminée. Il s’était inventé des raisons de vivre, avait fabriqué des leurres pour tromper l’angoisse latente d’une question trop crue, trop intime pour qu’il l’affronte tous les jours. Il avait du s’auto justifier, se raconter de petits mensonges jour après jour pour croire que ce qu’il faisait servait à quelques chose. Étudie pour trouver un travail, pour accroître ton savoir. Aime cette fille et soit aimé en retour, apporte du bonheur autour de toi, soit heureux.

Ces raisons semblent si futiles ce soir, derrière cette vitre. L’amour naît, vit et meurt. Tous ces efforts pour finalement revenir à cette question qu’il avait cru tuer à jamais par une activité sans cesse renouvelée. Il se sent devenir fou. Ou trop lucide peut être. En pleine dépression en tout état de cause.

Si encore il avait suffisamment de raisons pour ouvrir la fenêtre et enjamber le parapet. Mais ça serait encore donner trop d’importance à ce qu’il ressent. Avouer qu’il s’est trompé quelque part, qu’il aurait pu faire des choix différents. Chercher à apporter une réponse définitive à la phrase, comme si sauter allait l’amener dans un autre endroit. Croire qu’il existe un ailleurs où trouver du sens.

Un tour de clé raisonne dans le couloir. C’est l’ascenseur qui le ramène au niveau du sol. Pour cette fois. Et demain il reviendra reprendre le cours d’une vie sans but.

Il regarde en l’air, cette fenêtre où il était quelques instants auparavant. Est-ce qu’on entend le vent siffler dans nos oreilles quand on saute ? Il sourit.

mercredi 31 janvier 2007

Mémoire vive.

« Rentrez chez vous, et ramenez-moi n’importe quoi dont vous êtes sûr que ça vous appartient, vous avez une heure. Je vous attendrai, et vous expliquerai ensuite. »


Déstabilisé par cette perte de mémoire, je me lève en titubant et me dirige plus ou moins à tâtons jusqu’à la sortie.

Arrivé dehors, j’inspire un grand coup, regarde autour de moi. Tout semble pourtant si normal, si simple, si évident…Quelle sorte de traumatisme a pu endommager ma mémoire ainsi ?

Je me mets à marcher, ce qui m’étonne, c’est que bien que je n’ai aucun souvenir plus vieux que ce matin, je savais tout de même où était mon bureau, où se trouvait l’adresse sur ce carton, je reconnais les rues de cette ville, je peux marcher presque instinctivement jusqu’à chez moi.

Ça n’a aucun sens ! J’arrive chez moi, ouvre la porte de mon appartement et commence à parcourir les différentes pièces…il n’y a en fait pas grands choses dont je sois sûr qu’elles m’appartiennent.

Une photo, une paire de chaussures, un stylo, et mon appareil photo numérique.

Je mets tout ça dans un sac et ressorts aussitôt.


J’essaye de ne plus trop réfléchir à ce que je fais et je marche à vive allure pour revenir au bureau si étrange. Je marche la tête baissée, mais je n’y peux rien, mon regard parcourt de droite à gauche mon environnement. Je cherche une erreur, un indice, quelque chose qui fasse l’effet d’une étincelle, d’un déclic, mais rien. Rien n’y fait… tout cet endroit me semble si familier et pourtant si lointain.

Toutes mes interrogations reposent donc maintenant sur cet homme. J’arrive à l’adresse qui m’aura mené à tant de mystères, je monte au troisième, la femme à l’accueil me regarde à peine, la porte est déjà ouverte. Je rentre dans la salle d’attente, la traverse et arrive à la porte du bureau. Je fais une pause, reprends profondément mon inspiration et frappe à la porte.


« Entre, entre ! N’attendons pas ! »


Je rentre et me dirige vers le fauteuil, l’homme est debout, il regarde par la fenêtre, il semble inquiet.

« Faîtes voir ? » il se retourne et tend la main, je lui donne mon sac. Il pousse quelques affaires sur son bureau et dépose les différents objets.

Il se met à les observer méticuleusement, les manipule, les repose, les range dans un sens, puis dans un autre, puis encore un autre.


Je ne comprends pas trop ce qu’il essaye de faire avec, je reste néanmoins silencieux, presque aussi concentré que lui sur ces objets.

« Bien, je vais essayer de ne pas y aller par quatre chemins comme tout à l’heure, je m’en excuse d’ailleurs. Vous devez observez avec une grande attention ces objets, les toucher, les manipuler, les essayer, bref, faîtes ce que vous pouvez avec. »


Ça me fait penser à des exercices de psychologie, ou des trucs comme ça. Qu’importe, je m’exécute… Bizarrement le fait de toucher ces objets créé en moi un sentiment étrange. A chaque fois que j’en prends un, j’ai comme un fourmillement qui vient du milieu du dos et se finit en explosion dans mon crâne. Ce n’est pas désagréable, bien au contraire…ce n’est pas tout à fait un frisson, c’est plus précis, plus petit mais plus intense… à vrai dire je ne peux même plus me distraire de ces manipulations, ça devient compulsif, il faut absolument que je les touche, que je les prenne, que je les sente, les utilise, toujours, encore, plus longtemps.


« Au revoir, ce fut un plaisir »


Je ne prête même que peu d’attention à l’homme, il m’a parlé, je ne l’écoute plus vraiment, il faut que je touche, mon cœur s’emballe, mon estomac se serre de nouveau ! Je ne tiens plus assis, il faut que je me lève, il faut que je les touche tous en même temps ! Tous ! Ne rien lâcher ! Je les tripote frénétiquement, je deviens totalement agité, je ne me contrôle plus, je perds l’équilibre et tombe violemment contre le sol. Je me tords de douleur, mes yeux me brûlent et le bureau semble s’enfoncer dans un flou inquiétant. Je n’arrive plus à combattre, une violente migraine me saisi et me terrasse, je reste cependant les yeux ouverts !

Et d’un coup, plus rien. Mon rythme cardiaque ralenti, mon estomac se desserre, ma migraine passe et le flou semble se dissiper peu à peu, mais ce n’est pas le bureau que j’aperçois, mais une chambre d’hôpital…

Je suis dans un lit, une amie à moi est assise à ma droite, elle dort, un café encore fumant dans les mains.

Une infirmière entre par la porte de gauche et se précipite vers moi, mon amie se réveille alors.


« Tu es réveillé ! Haha, tu es réveillé ! » Son rire est nerveux, je ne saisi pas complètement ce qui se passe…

« 5 mois, 5 mois que tu étais dans le coma ! Mais c’est fini, tu es réveillé ! Tu es réveillé !!! »

samedi 27 janvier 2007

Le tiroir


Il alluma la radio, nourrit le lecteur CD d’un disque pris au hasard dans la porte de son véhicule et régla le volume sur 25. Il ne quittait pas la route des yeux. L’appareil se mit à beugler une mélodie que certains, sûrement, auraient qualifié de «bruit sans consistance» plus que de «musique».
Qu’importe, il était seul dans son camion. Seul sur la route. Seul au quotidien.
Julia l’avait quitté, emportant avec elle leur fils et les souvenirs de cinq ans et demi de mariage.
«A toute à l’heure !» avait-elle lancé en claquant la porte, le gamin dans une main, les clefs de la voiture dans l’autre. Il les avait vus pour la dernière fois.

Yoann aura quatre ans la semaine prochaine pensa Vincent. Et lui, ne sera pas là. Il ne sera pas assis à côté de son fils pour souffler avec lui sur les bougies magiques de son gâteau au chocolat préféré.
L’espace d’un instant, ses yeux quittèrent la route pour se poser sur l’alliance qu’il gardait à sa main gauche. Vincent inspira un bon coup, essuya du revers de la main les larmes qui commençaient à lui brouiller la vue et reporta son attention sur le goudron qui défilait sous lui. Cherchant à tâtons le bouton du volume, il le poussa jusqu’à 30, priant pour que ce boucan couvre le dernier éclat de rire de son fils qui résonnait dans sa tête.

Montpellier – Nord. Il actionna le clignotant, ralentit sans changer la vitesse et prit la sortie d’autoroute. Le moteur, en sous régime, hurla pendant une bonne minute avant que Vincent ne s’en rende compte et ne passe la seconde.
« Un camion tout neuf, du dernier cri, rien que pour toi… et encore désolé pour ta femme….Ne te laisse pas abattre, la vie continue hein !» lui avait dit timidement son patron.
C’est un chic type, pensa Vincent, mais ce ne sont pas deux tonnes de tôle, caoutchouc et plastique qui me feront oublier leur absence.
Il était arrivé au point de livraison. Vincent, comme à son habitude, manœuvra habilement, détacha la remorque pour que les gars de la boite puissent décharger et alla garer son tracteur derrière le bâtiment. Il ne savait que faire de sa soirée. Le boulot l’occupait au moins. Sûrement que ce soir, comme tous les soirs, il prendra une douche brûlante et irai s’endormir, la face enfouie dans son oreiller, pour ne pas penser.

***

Vincent entrouvrit ses yeux encore engourdis d’avoir été tenus fermés trop longtemps. Il jeta un coup d’œil au réveil. L’écriture rouge lumineuse indiquait 13h25. Avait-il réellement dormi une journée entière ? Il ne le savait plus très bien. Il se releva, en appui sur ses coudes, pour tenter de se rappeler l’endroit où il avait échoué. Rassuré de constater que le lit était le sien il laissa sa tête retomber sur l’oreiller et ferma les paupières. Un cliquetis de clés suivi d’un bruit de serrure. Il se rassit précipitamment. Les bras chargés de deux gros sacs en papier recyclé, une brunette apparu dans l’encadrure. Elle lui offrait un sourire tendu jusqu’aux oreilles.

Il avait rencontré Léa quelques mois auparavant. Plus par habitude que par appétit, il s’était rendu au bar restaurant du coin. Tiens ! Une nouvelle serveuse... En tout cas c’était la première fois qu’il la remarquait. Sans style particulier et pourtant singulièrement différente des autres serveuses. Peut-être était-ce son visage ? Ses cheveux bouclés aux pointes ? Ou ses yeux ? Vincent n’en savait trop rien, mais elle avait quelque chose de plus. Luttant contre la fatigue il avisa son assiette pleine et planta sa fourchette dans un bout de champignon.

«Vous désirez un dessert?…Oh mince... Heu.... Monsieur ? Wouhou ! Monsieur !». Une main posée sur l'épaule de Vincent, elle avait entreprit de le secouer doucement mais il se réveilla en sursaut. Elle souriait.
Son sourire, c’était son sourire ! Cette joie de vivre communicative. Elle rayonnait. Vincent n'avait pas sourit depuis quatre longues années, si bien qu'il en avait presque oublié comment faire.
«Excusez moi de vous avoir réveillé. Je venais vous demander si vous vouliez un dessert mais je constate que vous n'avez pas fini votre plat de pâtes carbo'... d'ailleurs vous en avez un peu sur la joue...» lui avait-elle lancé en lui présentant un serviette en papier à l'effigie du restaurant. Vincent avait senti le sang lui monter au visage. Sûrement était-il devenu aussi rouge que la tomate farcie trônant dans l'assiette de son voisin de table. Il bredouilla de vagues excuses et s'essuya méthodiquement la joue. S'endormir la tête dans l'assiette. Il devait vraiment manquer de sommeil le pauvre petit, pensait Léa. Cherchant à oublier son malheur, Vincent passait ses journées et ses nuits sur la route, accumulant kilomètres, fatigue et heures supplémentaires.

De carbo' en bolognaises, Vincent et Léa avaient alors fait connaissance. Lui, avait mis de côté une part de son chagrin afin de reprendre le cours de vie. Elle, lui dispensait jour après jour douceur, bonheur, joie et amour.


***

Il ouvrit le tiroir de la commode et en sorti un article de presse daté du 15 février 2002. Cet article, Vincent le connaissait par coeur. Dans son chagrin et pendant plus de quatre ans, il n'avait cessé de le lire et de le relire encore, n'osant y croire. «Accident mortel pour une mère et son fils» clamait le gros titre. Léa fixait la nuque de Vincent en silence. Il reposa le bout de papier au fond du tiroir et le repoussa du poing. Il se retourna, lui rendant son sourire.

mercredi 24 janvier 2007

C’est alors que… (suite de "rendez-vous" )

C’est alors que le bonhomme perd brusquement son sourire. Je suis tout d’un coup assez mal à l’aise.

« Asseyez-vous. »

Je m’assois, aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne perçois aucune agressivité dans sa nouvelle attitude.

Il commence à parler, je sens qu’il faut que j’écoute, j’ai pourtant tout le mal du monde à me concentrer.

« Frédérique, c’est votre prénom ? En êtes-vous sûr ? Je veux dire, qui en a décidé ainsi ? »

J’avoue ne pas bien saisir où il veut en venir, mais je laisse continuer, je l’écoute. Son ton est grave, préoccupé. Je le sens pressé, mais il essaye de le cacher en prenant son temps pour m’expliquer des choses que je ne saisis que trop mal.

« Ça ne vous a pas semblé bizarre que vous receviez une invitation comme ça, d’un expéditeur inconnu, pour une raison inconnue ? »

J’hoche de la tête.

« C’est exactement vous que je cherchais, c’est vous que j’attendais, et c’est avec vous que je vais continuer, comment pouvez-vous donc expliquer que je vous ai trouvé ? Je n’ai pas l’air d’une société secrète, je ne suis pas un organisme de renseignements, pourtant, je vous ai trouvé parce que je vous ai cherché. »

Décidément, j’ai beau faire de mon mieux, je ne vois absolument pas où tout cela peut mener. Je fais un semblant de moue invitant à de plus amples explications ; qui ne tardent à venir.

« Votre journée ne vous a pas t-elle semblée bizarre, comme si tout se focalisait sur ce rendez-vous singulier ? Comme si le reste n’était que banalité insipide, forme d’image que vous vous êtes habitué à voir ? »

Qu’est-ce qu’il est en train de me faire ? Un spleen ?

« Ce que je veux dire, ce que j’essaye de vous expliquer…hmm, vous ne comprenez rien n’est ce pas ? »

Mon haussement d’épaules suffit à acquiescer.

« Vous ne vous appelez pas Frédérique, vous n’êtes pas dans ce bureau. Je ne suis même pas là. »

« Ah. »

C’est tout ce que j’ai trouvé à dire, je crois que ma bouche reste ouverte et mes yeux ont du mal à rester ouverts, je commence à être scotché à cette histoire.

« Vous avez vu Matrix ? Le film où la réalité est construite par des machines pour occuper les humains pendant qu’elles en retirent de l’énergie ? »

« Heu, oui…vous allez me dire que je suis une pile ? »

« Non, non, non, pas du tout, en fait, heu, ça n’a pas grands choses à voir. Mais vous savez bien que le monde n’est finalement que ce que vous y voyez, si vous ne voyez pas quelque chose, elle n’existe pas. Une chose n’existe qu’une fois qu’on l’a repérée, nommée, et définie. Enfin, la plupart du temps j’imagine… »

« Et ? Je suis dans un monde parallèle ? Je suis l’élu ? Je vais avaler une pilule ? »

« C’est très sérieux, mais vous n’êtes rien de toute cela. Ce n’est pas de la science fiction, c’est la réalité, rien n’a changé, je n’aurai pas dû faire la comparaison avec Matrix tout compte fait… »

L’homme marque une pause, je sens que ce qu’il va me dire va me déranger, comme un pré sentiment désagréable, mon cerveau commence déjà à s’emballer, mon cœur également, mon estomac se serre…

« Frédérique, ou quel que soit votre nom, pouvez-vous me dire à quand remonte votre plus lointain souvenir ? »

Je m’étonne de la question, je souris. Il me semble que c’est une question assez facile à laquelle je peux répondre en cherchant un peu. C’est là que tout s’excite, mon cerveau continue à s’emballer, mon rythme cardiaque a quelque chose d’anormal. Je commence à transpirer, le regard de l’homme est presque compatissant, le mien n’arrive plus à se fixer mentalement sur une image de souvenir.

« Je…mon plus lointain souvenir ? Je… Ce matin, …quand j’ai trouvé le papier… pour le rendez-vous. »